Dans une société ou la valeur des choses, matérielles ou immatérielles est de plus en plus distendue, saturée d'injonctions à la rentabilité, à l'éfficacité parfois jusqu'à l'absurde, il serait bon de faire une pause, et d'appréhender l'éducation culturelle, et ainsi l'apprentissage musical sous un nouvel angle. Que recherche-t-on dans cette pratique ? Dans quelle mesure dois-je progresser rapidement et quels objectifs personnels cela sert-il ?
Emmener l'apprentissage d'un instrument sur le chemin du loisir, c'est à dire sans rechercher la performance à tout prix mais sans lui sacrifier la mise en place d'une bonne technique, permettra sans doute d'appréhender cette question de l'âge et de lever certaines croyances. Non, on ne sera pas forcément un virtuose en commençant dès le berceau... Même si certaines études tendent à prouver qu'en s'initiant très tôt à une pratique, on développe de meilleures compétences, de multiples contre-exemples viennent contredire ce mythe. Certains professeurs insisteront sur le fait de commencer le plus tôt possible, en arguant du fait qu'à un jeune âge, le cerveau et donc les capacités d'apprentissage sont plus "modelables"; c'est un fait, mais encore faut-il que le cerveau en question ai une appétence pour la matière !
Commencer très tôt... Oui, mais !
On pourrait résumer ainsi : on apprend mieux quand on aime ce qu'on apprend. Replaçons le plaisir, la joie de découvrir au centre de notre questionnement ! Résumer l'apprentissage d'un instrument (ou du chant...) à une série de compétences gestuelles et de lecture - qui bien sûr sont nécessaires -, c'est ignorer l'une des fonctions principales de la musique : un dialogue, un échange avec nous-même et avec les autres.
Il est des âges ou le ressenti, les émotions, sont ou tentent d'être libres de toutes contraintes, et rares sont les pédagogues à mettre l'accent sur leur expression, au même titre que la technique : on cherchera trop souvent à les réduire au silence, plutôt que de les canaliser avec toute la sensibilité qu'elles mériteraient...
Ainsi, même s'il n'existe pas de vérité absolue sur ce sujet, ça sera toujours le bon âge pour commencer un instrument, il faudrait jusque que l'on écoute son envie. Pour les enfants, n'oublions pas que plus ils sont jeunes, plus l'implication du/des parent/s doit être grande dans le suivi pédagogique : un enfant de 6 ou 7 ans, même s'il adore l'instrument qu'il pratique, n'ira que très rarement répéter tout seul, et nécessitera d'être régulièrement accompagné et guidé vers l'autonomie.
Car c'est de cela qu'il s'agit : le cours de musique ne fait pas tout, et l'engagement, le travail personnel (même s'il sont fait dans la décontraction !) seront des vecteurs de réussite, dans le sens ou les petits objectifs que l'enfant lui-même se sera fixé sont atteints. Les adultes devront se positionner en "relais", non pas que la verticalité de l'apprentissage soit remise en cause, car il est nécessaire de se reposer sur cette base. Mais les compétences pédagogiques au sens premier du terme doivent être mises à égalité avec les compétences techniques d'un professeur : un mauvais accompagnement, une ignorance de la sensibilité et du développement psychologique favorisera beaucoup plus l'abandon chez les plus jeunes.
Petite enfance et maternelle
Avant 3 ans (en crèche notamment), on parlera plutôt d'animation ou de spectacle, plaçant le (très) jeune public en posture de découverte, il est spectateur d'un existant propre à lui donner l'appétence pour l'expression musicale libre.
Le jardin musical, ou l'éveil, sera pertinent pour l'enfant entre 3 et 5 ans : on commence ici à réellement le mettre au centre de la pratique musicale. Le jeu en groupe, le chant et l'expression corporelle en général sont privilègiées. On ne parle pas encore de solfège (le rapport aux symboles n'étant pas encore suffisamment ancré), ou de technique à proprement parler, le but est simplement de faire découvrir des rythmes, des timbres, des styles musicaux de toutes origines, et de laisser la place à l'expression. L'éveil musical est un excellent vecteur du développement de l'estime et de la confiance en soi, des capacités motrices, car il agit par ses activités sur les 5 sphères du développement (physique, cognitif, affectif et social, langagier, autonomie).
L'accompagnement par les parents est, à ce stade, essentiellement affectif et social; il n'est pas nécessaire à ce stade de contrôler les acquis, mais d'encourager l'enfant à expérimenter !
Le CP ou la révolution de la pensée !
La plupart des enfants vont commencer leur parcours musical entre 6 et 8 ans."Les apprentissages fondamentaux qui sont réalisés en Cours Préparatoire vont obliger l’enfant à réaliser une bascule essentielle parce qu’il va entrer dans le monde des signes [...]".Et c'est ce lien entre symbole et sens musical qui va être au centre de l'apprentissage musical à partir de 6 ans : on construit un pont entre les perceptions sonores et le ressenti. Entre la lecture et le son ; entre l'oeil qui déchiffre et transmet les ordres, le corps qui les exécute et l'oreille qui entend, écoute, contrôle. Les notions d'espace (la géographie de son instrument), de temps (vitesse et rythmique), d'esthétique (le résultat sonore !) nécessitent une prise de distance de l'enfant par rapport à son ressenti immédiat et un décentrage émotionnel. Il commence à ce stade à pouvoir s'auto-évaluer, et prendre petit à petit de l'autonomie dans la pratique. L'accompagnement des parents est important à ce stade, afin de rappeler à l'enfant de penser à répéter, et de valoriser sa progression en lui demandant de lui faire écouter son morceau.
Et les ados ?
Pour beaucoup d'adolescents, la musique et la pratique musicale sont des moyens d'apaiser les émotions négatives et de trouver du réconfort dans cette étape de la vie. En plus de réduire le stress et l'anxiété, améliorer l'humeur, elle impacte positivement la stabilité et la qualité du développement des liens sociaux. De plus, selon la chercheuse en neurologie Nina Kraus, "La musique apprend à apprendre" : sa pratique est donc conseillée pour mettre en place des compétences organisationnelles, d'adaptation ou de créativité dans d'autres domaines.
Sources :- OPPQ (2013). Évaluation du retard de développement
- La musique, une remobilisation de la personne âgée : le temps musical, un fil tendu vers une renaissance Pascal Colpo Pétrarque | mars 2008
- https://soizikel.wordpress.com/2016/01/14/le-developpement-de-la-pensee-en-cp/
- Proceedings of the National Academy of Sciences - "Musicians have enhanced subcortical auditory and audiovisual processing of speech and music" by Nina Kraus